Confiance en soi Créativité

L’art de lire l’état émotionnel de notre interlocuteur

Ecrit par Jean-Yves Ponce

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Cet article est ma contribution  dans le cadre du Festival « La croisée des Blogs » organisé cette fois-ci par Romain du blog Décodeur du non-verbal .  Il s’agit de la 36e édition du festival qui regroupe différents articles de qualité venus des quatre coins de la blogosphère ! Ce mois-ci, le thème est »La communication et l’art d’interagir« . (Cliquez sur la bannière pour accéder au site de la croisée des blogs.)

 

Il a été établi par les différentes recherches que ceux qui parviennent à lire et à interpréter correctement le langage non-verbal de leurs interlocuteurs augmenteront considérablement leurs chances de succès dans la vie professionnelle et personnelle que ceux qui n’ont pas cette compétence.

Des travaux notamment illustrés par Daniel Goleman en 1996 et relatés dans son célèbre ouvrage sur l’intelligence émotionnelle.

Afin d’appréhender l’état émotionnel de notre interlocuteur, nous devons d’abord nous pencher sur le fonctionnement même de notre cerveau.

 

Notre héritage limbique

Avez-vous déjà vu quelqu’un se ronger les ongles ou les peaux, ou bien se mordre les lèvres, se frotter le cou ou s’essuyer les mains sur ses genoux ?

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les gens faisaient ça ? ou plutôt pourquoi nous faisons tous cela ?

La réponse vient de notre cerveau. Et une fois que l’on sait pourquoi et comment celui-ci utilise notre corps pour s’exprimer, nous parviendrons à interpréter correctement l’état interne de notre interlocuteur.

Regardons un moment la structure de notre cerveau présenté par le modèle de Paul McLean.

 

Nous pouvons constater que nous avons trois couches de cerveau qui se sont développées au fil des millénaires d’évolution. Le tout premier, représenté ici en rose, est le cerveau reptilien. C’est cette partie du cerveau qui gère les besoins fondamentaux de l’espèce. Manger, se reproduire, se déplacer etc.

 

En violet, nous avons le néocortex. Le développement de cette partie du cerveau nous a apporté le langage, la logique, l’intellect, la capacité d’analyse, de synthèse, de réfléchir à des systèmes complexes. C’est également là que se bâtissent notre éthique, nos convictions et nos propres « codes d’honneur ». C’est la partie du cerveau qui nous différencie des animaux.

Enfin, en vert, au centre se trouve la partie du cerveau qui nous intéresse dans cet article : le système limbique. Il s’agit du siège de toutes nos émotions. Une immense machine à mémoriser toutes nos émotions et à les graver en nous. C’est par ce système que nous relions les sources de plaisir, de peur, de souffrance et de colère.

 

Consciemment ou inconsciemment, notre cerveau contrôle tous nos comportements. De la caresse aux ongles rongés, en passant par les gestes anodins de démangeaison.

Le cerveau limbique est celui qui réagit au monde. C’est par lui que des signaux sont émis aux autres parties du cerveau pour adapter notre comportement.

Que ce soit dans les époques éloignées où l’homme devait survivre ou bien autour d’une table lors d’un rencart amoureux !

C’est également la partie du cerveau la plus honnête. Celui qui ne ment pas. Le néocortex est le moins honnête. C’est par celui-ci que l’on élabore la raison, la logique et les idées complexes, donc les mensonges.

Pour décrypter l’état émotionnel de notre interlocuteur, nous observerons les réactions produites par le système limbique.

 

Le stress et ses manifestations dans la communication 

Notre système limbique réagit donc aux évènements qui arrivent autour de nous. Lorsque les émotions négatives nous submergent, nous sommes victimes de stress.

Outre au niveau vocal avec une voix au ton et à la hauteur inhabituelle, le stress se manifeste également sur le corps. Plus particulièrement la peur. Celle-ci prend trois formes de manifestation commandées inconsciemment par notre système limbique :

  1. L’immobilisation
  2. La fuite
  3. l’agression
Ces trois manifestations issues de notre système limbique existent depuis la nuit des temps. Elles font partie de notre système d’instinct de survie.

 

Tout d’abord l’immobilisation ou le « freeze effect ». Lorsque tout notre corps semble s’immobiliser pour échapper au danger. C’est la première réaction de notre système limbique face au danger.
Prenons une personne qui a naturellement peur des chiens (parce qu’elle s’est faite mordre étant plus jeune par exemple). Il y a de fortes chances pour que dès qu’un chien s’avance vers elle, sa première réaction soit de s’immobiliser devant le danger.

Dans les situations de communication, l’immobilisation est un signe de peur et d’inconfort soudain face à un danger. C’est également le cas d’une personne prise en train de mentir (ou qui a peur de ne pas être crue !)

Si notre interlocuteur semble se glacer l’espace d’un instant suite à une parole, il y a de bonnes chances pour son système limbique ait perçu un danger. Ce peut-être nous, ou quelque chose d’autre sans rapport, ou encore ce peut-être quelque chose d’irrationnel à notre sens. Peu importe. Un communicant habile saura détecter la source de l’inconfort et adapter sa communication pour apaiser son interlocteur.


D’autres manifestations plus subtiles d’un freeze sont par exemple, l’individu qui marche dans la rue et qui subitement se fige, se tape la main contre le front et court à son appartement parce qu’il a oublié d’éteindre le four.

Un interlocuteur rigide avec les épaules rentrées, un peu comme une tortue est également une manifestation plus discrète (mais néanmoins présente) d’immobilisation face à un danger.

 

La fuite et l’agression

 

Les deux autres manifestations du limbique face au danger sont dans l’ordre la fuite et l’agression. Si rester figé n’évite pas le danger, alors la deuxième option que nous commande notre système limbique est la fuite.

Si la fuite ne suffit plus, nous nous défendons. Bien entendu, de nos jours, dans notre monde moderne, notre vie n’est pas menacée tous les jours comme l’étaient celles de nos ancêtres. Cependant nous avons gardé en héritage certains comportements un peu similaires à la fuite, et pas forcément devant un danger, mais devant une source d’inconfort.

Nous avons tendance à nous éloigner des personnes que nous n’apprécions pas ou qui provoquent en nous un sentiment d’inconfort.

Pour illustrer mon propos, nous pouvons regarder les deux premières minutes de cette vidéo :

Zemmour et Huster chez Ardisson


Zemmour chez Ardisson : face à Autain 2/2
Je vous propose d’observer dès les premières secondes la position de Francis Huster à côté d‘Eric Zemmour.

Ensuite, vous pourrez visionner le reste de l’interview et des manifestations corporelles de Francis Huster pour confirmer cette impression même si les deux premières minutes sont suffisantes.

Un autre moyen d’expression du malaise est de tourner la tête (pour ne plus voir la source d’inconfort) ou de mettre un objet (ou ses mains) en opposition (pour se protéger ou mettre une barrière face à la source de l’inconfort)

Quant à l’agressivité, une manifestation du limbique est de crisper le corps et les traits du visage. De serrer les poings, de baisser le front comme pour charger l’interlocuteur.

Nous voyons ces manifestations également dans cette vidéo, exprimées notamment par les deux autres invitées du débat.

 

Quand le néocortex s’en mêle

Si tout était régi par le système limbique, nous n’aurions aucun problème de communication. Seulement le néocortex nous a enseigné les normes sociales, le mensonge pour ne pas blesser, la politesse, le récit structuré, la logique etc.
Ce qui fait que les paroles ou les sourires de façade  importent beaucoup moins que les réactions du système limbique.
Là encore, le sourire de politesse de M. Huster au tout début de la vidéo est déjà trahi par un éloignement physique.

Si les émotions du cerveau limbique prennent le pas sur la rationalisation du néocortex, nous avons de bonnes chances de voir notre interlocuteur perdre son sang froid voir d’assister à ce qu’Ekman appelle « l’embrasement émotionnel ».

Selon les tempéraments de chacun, nous verrons des gens intérioriser leur désaccord et leur inconfort pour « garder le contrôle » , d’autres ne se retiennent pas, et livrent avec passion leurs désaccord, voir leur colère.

Dans les deux cas, le système limbique se manifestera à travers notre corps pour « apaiser » le stress.

Une astuce bien utile pour savoir si une personne a envie de vous serrer la main ou de vous faire la bise : Regardez si ses pieds pointent dans votre direction lorsque vous approchez. Si ce n’est pas le cas à votre passage, un signe de la main suffira. Dans le cas contraire, vous verrez vite des manifestations d‘inconfort. La poignée de main est le signe le plus fiable pour savoir ce que l’on pense de vous au passage !

 

Et les signes de confort dans tout cela ?

A l’inverse de l’inconfort, lorsque nous sommes bien avec la personne, nous avons tendance à nous rapprocher d’elle, voir même de se pencher très légèrement vers elle. Les poings ne sont jamais crispés et la communication est fluide, sans freeze.

Un peu comme la photo ci-contre 🙂

Le phénomène est intéressant à observer dans les groupes réunis autour des tables. Il est facile de détecter les relations initiales entre les participants rien qu’en observant les réactions de leur système limbique les uns par rapport aux autres.

 

Une autre manifestation de confort dans la vie de tous les jours, c’est l’élévation de notre corps, comme s’il cherchait à léviter ou à s’envoler.

Regardez les personnes au téléphone avec le bout des pieds qui décollent du sol sans arrêt.

Ou bien encore ceux semblent se balancer d’avant en arrière comme s’ils marchaient sur des tubes.

L’amplitude des gestes y est également pour beaucoup. Lorsque tout le monde lève son verre pour trinquer, il y a vraiment peu de chances pour que celui qui lève son verre le plus haut soit le moins à l’aise.

Guettez tous les signes qui font que le corps de notre interlocuteur ait envie de s’envoler ou de défier la gravité. Vous pouvez être sûr que la personne est dans un état émotionnel très positif.

Par contre…. vous n’en êtes peut-être pas forcément la cause ! La personne peut penser au week-end qui approche ou à l’appel qu’elle vient de recevoir, ou à la soirée qu’elle va passer, tout en continuant de vous parler!

Quelques conseils pour finir

« Il n’y a rien de constant si ce n’est le changement » disait Bouddha. Et en matière d’état émotionnel, rien n’est plus vrai ! celui-ci fluctue avec le temps et parfois même plusieurs fois dans la même conversation. Voici 6 conseils qui vous permettront de limiter les’erreurs d’interprétation :

  • Cherchez avant toute chose à analyser le contexte de l’interaction. Les conditions de l’environnement peuvent justifier certaines manifestations physiques. Parlez avec une jeune fille BCBG au milieu d’une banlieue à la mauvaise réputation et il y a de fortes chances pour que son limbique crie à son corps de partir. Pourtant, si vous l’amenez dans son café préféré, son attitude ne sera pas la même (sauf si vous êtes une source d’inconfort pour elle)

 

  • Ne faites pas confiance à une analyse basée sur une seule manifestation. Si l’inconfort (ou le confort) est grand, beaucoup de manifestations du limbique devraient apparaître. Si ce n’est pas le cas, remettez en cause votre analyse.
  •  Observez les gens discrètement. Cela peut sembler évident, mais pas pour tout le monde. Vous ne devez pas être pris en flagrant délit d’analyse non-verbale
  •  D’ailleurs, n’analysez pas à tout bout de champ. Si vous le faites, vous perdrez en spontanéité et cela nuira beaucoup à l’interaction et à votre communication en général.
  •  Il est Normal d’être dans une situation d’inconfort pour une première interaction. Ne tirez aucune conclusion hâtive, et ne prenez pas tout pour vous.

 

 

Voilà, cet article est à présent terminé. Il y a énormément de choses à dire sur le sujet, et nous ne pouvons faire le tour en un petit article comme celui-ci. Néanmoins, nous avons vu de bonnes bases de départ et qui à titre personnel m’ont été très utiles dans ma communication. J’espère que ces lignes vous seront tout aussi utiles.

 

N’hésitez pas à faire des remarques ou des suggestions. Tout ce qui est constructif est bon.
D’autres articles viendront sur le sujet, ils seront stockés dans la catégorie « détecter le mensonge »
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16 Commentaires

  • Merci pour cet article au contenu très instructif.
    La vidéo avec Zemmour est édifiante (je ne suis peut-être pas très impartiale, ce Mr me donne la nausée!).

    Je pense effectivement comme vous qu’il est important d’inclure les données émotionnelles dans ce que nous recevons des échanges avec nos interlocuteurs. Nous sommes des êtres cérébrés et sensibles et il est bon de se le rappeler parfois.

  • Bonjour,

    J’ai observé avec attention les acteurs. Je dis bien acteur.

    Pour Francis Huster…comment dire ? je ne vois pas seulement ce que vous dites…oui il « mime » la fuite » mais je pense que c’est beaucoup plus subtil que cela…

    N’oublions pas que c’est un très bon acteur qui maîtrise ses gestes et ses émotions. Ce que je vois, c’est que face à ces deux femmes, il joue subtilement , très subtilement le dominant.
    Zemmour dans ce domaine, n’est pas à armes égales avec lui, loin s’en faut. Il ‘a pas peur de Zemmour ; d’ailleurs il le touche plusieurs fois, pour le soumettre au pouvoir de l’émotion.
    Zemmour est un cérébral (d’ailleurs il soutient beaucoup sa tête) ; il ne sait pas « jouer », il est nature. Je pense que le comportement de Huster est beaucoup plus feint, mensonger, habile à se faire aimé par les deux femmes.

    Huster et Zemmour se disputent la vedette en somme.

    Je trouve les propos de Zemmour intéressant. Il a réfléchi et ressenti des choses, dont il a fait la synthèse et l’argumente ici.
    Les autres sont dans des « réactions ».;
    huster dans la séduction
    Les femmes dans la colère, la révolte

    Conclusion pour moi : personne ne s’écoute vraiment, profondément et nous avons affaire en fait à deux hommes en concurrence devant 2 femmes. Qui sera le champion ? Francis Huster veut les avoir toutes deux c’est clair.

    Elisandre

    • Merci de nous avoir détaillé ton point de vue Elisandre ! 😉

      Maintenant, pour les interprétations sur les pensées etc, je laisse chacun voir selon son ressenti. Mon point portait avant tout sur la distance entre deux êtres qui n’est pas que physique.

  • Bonjour,
    Excellent article qui apporte beaucoup d’éclaircissement sur le fonctionnement du cerveau et des émotions.
    Détecter les émotions chez certaines personnes n’est pas toujours facile, cela demande beaucoup d’écoute et d’attention.
    Gilbert

  • Vous m’ouvrez l’esprit.
    Je n’avais jamais songé à interpréter l’effet lévitaion quand le temps suspend son écoulement.
    Mais maintenant que vous l’énoncez, oui je comprends que lorsque ma fiancée est accrochée à mon cou pour m’embrasser, un pied dans les airs, et l’autre touchant à peine le sol, c’est un signe fort de bien être 🙂
    Merci

  • Bonjour.
    Je n’ai pas bien compris ça:

    « Une astuce bien utile pour savoir si une personne a envie de vous serrer la main ou de vous faire la bise : Regardez si ses pieds pointent dans votre direction lorsque vous approchez. Si ce n’est pas le cas à votre passage, un signe de la main suffira. Dans le cas contraire, vous verrez vite des manifestations d’inconfort. »

    Pouvez-vous m’expliquer ?

    • Bonjour Antoine,

      Une personne qui a envie de te dire bonjour se tournera vers toi, notamment en pointant ses pieds dans ta direction lorsque tu arrives.
      Si cette personne te voit, mais ne se tourne pas vers toi, c’est qu’elle n’a pas envie de te saluer.

      Si tu la salues quand même, tu verras qu’elle montrera des signes d’impatience, de gêne et/ou d’agacement.

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